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Jean Charest s'adresse aux gens d'affaires

L’ex-premier ministre du Québec de 2003 à 2012, Jean Charest, a pris la parole devant 130 personnes, mardi soir, à la Place 4213 à l’occasion du deuxième grand Rendez-vous politico-économique de la Chambre de commerce et d’industrie Bois-Francs-Érable (CCIBFE).

Avant même de se lancer dans sa conférence pour aborder différentes questions, dont l’impact de Donald Trump sur l’économie et les accords commerciaux, Jean Charest a tenu à remettre le cachet que lui réservait la CCIBFE à une athlète d’exception, la karatéka Anne-Sara Cayer de Lyster. «J’ai connu Anne-Sara en 2012 alors qu’elle avait 12 ans. C’est une athlète qui s’est bâti une réputation sur la scène mondiale. Une athlète de tel calibre exige un soutien. On ne peut faire cela seul. Je suis très impressionné par ce qu’elle a réalisé,  s’étant distinguée dans plusieurs compétitions. De grandes compétitions l’attendent à Chicago et en Irlande», a souligné Jean Charest, aujourd’hui conseiller stratégique et associé au sein de McCarthy Tétreault, un cabinet d’avocats.

Le conférencier a remis son cachet à l’athlète Anne-Sara Cayer. On les voit en compagnie de Geneviève Thibault, présidente de la CCIBFE. (Photo www.lanouvelle.net)
 

Le conférencier a poursuivi en saluant le maire de Victoriaville, André Bellavance, de même que le représentant du député Éric Lefebvre (Pierre-Luc Turgeon). Avec humour, il lui a demandé s’il allait être invité au mariage l’été prochain. «Vous lui passerez le message, et il est whip dans le nouveau gouvernement, alors bonne chance», a-t-il dit en riant.

D’entrée de jeu, celui qui a quitté la politique il y a cinq ans a invité les élus à tenter de comprendre les tendances, de les anticiper pour savoir vers quoi on s’en va et où nous nous retrouverons dans 5, 10 ou 15 ans.

Par moment, le discours de l’ex-premier ministre laissait entrevoir des côtés plus sombres. «La grande tendance actuellement, a confié Jean Charest, c’est l’émergence de l’Asie, de la Chine comme pouvoir politique et économique, comme une super puissance. Ces pays sont très présents dans nos vies.»

Un danger politique guette aussi le monde, croit-il. «On vit présentement un moment où il y a beaucoup de populisme, un nationalisme exacerbé, alimenté notamment par l’inquiétude suscité par l’immigration, sans compte l’augmentation des dépenses militaires. Des ingrédients qui sont propres à un conflit», a-t-il dit.

Pour faire face aux nombreux défis qui se présentent, Jean Charest plaide pour un engagement du Canada à maintenir les ponts de communication avec les autres pays, comme la Chine, les pays du Moyen-Orient et l’Europe. «Il faut que les chefs de gouvernement se parlent et se commettent pour régler les problèmes. Mais le défi de maintenir la communication exige de la patience, de la persévérance. Les accords de libre-échange, par exemple, cela prend des années. L’inquiétude que j’ai aujourd’hui, a-t-il confié,  c’est le court terme. Quel gouvernement peut entreprendre un projet de 10, 15 ans?»

Pendant environ 75 minutes, l’ex-premier ministre du Québec a entretenu son auditoire. (Photo www.lanouvelle.net)
 

La présence d’un Donald Trump aux États-Unis n’aide en rien cependant dans les relations entre pays. «Trump, en particulier, voit le monde, non pas comme une communauté globale, mais comme une arène, a-t-il noté. Il ne voit pas le monde comme un endroit pour établir des accords entre plusieurs pays, mais plutôt de pays à pays, car il peut faire jouer son poids de première puissance mondiale. C’est inquiétant parce que cela signifie qu’au lieu de jouer selon les règles, on joue selon la puissance du peuple.»

Même quand Trump n’y sera plus, le monde ne pourra revenir en arrière. «Cela ne sera jamais plus comme avant, a exprimé le conférencier. La relation entre le Canada et les États-Unis ne sera plus ce qu’elle était. Au-delà de Trump, il y a une tendance forte aux États-Unis sur les facteurs qui ont porté Trump au pouvoir. Ils sont plus isolationnistes, plus chauvins, moins généreux envers le reste de la planète. Ils ne voient pas l’intérêt d’être un leader mondial, mais veulent plutôt se replier sur eux-mêmes. À mon avis, ce sera une tendance pour longtemps.»

Malgré tout, il convient, selon l’ex-homme politique, de demeurer optimiste. «Ultimement, nous devons persévérer, a soutenu Jean Charest. De toute façon, on n’a pas beaucoup le choix. Ce sont nos voisins, nos alliés. Il ne faut pas se laisser dominer par Trump, ne pas le laisser être le seul interlocuteur. C’est un pays où le pouvoir est très décentralisé. Nous, on parle aux gouverneurs, aux élus du congrès, aux sénateurs. Ça va nous permettre de mieux nous en sortir que si on se fie seulement à notre relation avec le président américain.»

Les défis

Le Canada, a affirmé Jean Charest, doit travailler à relever plusieurs défis, dont la diversification des marchés et le recrutement d’un plus grand nombre d’immigrants.

L’immigration, a-t-il noté, constitue un grand phénomène de notre temps. «Il n’y a jamais eu autant de gens qui bougent sur la planète, un mouvement de population jamais vu auparavant. Pour le Canada, avec ses 36 millions d’habitants, c’est une bonne chose, a fait valoir Jean Charest. Nous avons besoin  de gens, de chercheurs, de professionnels, mais aussi de personnes non qualifiées. Notre secteur agricole ne pourrait fonctionner sans l’apport des travailleurs étrangers.»

Les pays, selon lui, qui réussiront le mieux et qui vont prospérer sont ceux qui seront en mesure de mieux gérer le phénomène.

Quelque 130 personnes ont assisté à cette activité de la CCIBFE. (Photo www.lanouvelle.net)
 

Le Canada, estime l’ex-premier ministre du Québec, doit aussi se montrer plus compétitif dans les infrastructures, dans les secteurs stratégiques, comme l’aéronautique, accélérer également le passage à l’économie du savoir avec l’intelligence artificielle.

La protection du nord du pays représente aussi, selon lui, un enjeu important puisque plusieurs pays se font très présents. «Ils ont commencé à fréquenter le territoire et il existe un grand danger de perdre le contrôle sur une partie du territoire», a-t-il soutenu.

Jean Charest a entretenu l’auditoire pendant 60 minutes, après quoi il a répondu, pendant une quinzaine de minutes, à quelques questions, dont une sur le système de gestion de l’offre. «Nous avons raison de le conserver, a-t-il répondu. Nous avons toléré certaines ouvertures jusqu’ici, mais je crois qu’à ce chapitre, la limite a été atteinte.»

«Une vie intense»

La politique ne lui manque pas du tout, lui qui y a consacré 28 ans de sa vie après avoir été élu pour la première fois à l’âge de 26 ans.

«Je suis libéré de la politique partisane, a-t-il commenté. Ça m’a fait du bien d’en sortir. J’étais en politique au moment des référendums. Ça a été dur. Mais je conserve d’excellents souvenirs. C’est tellement intense et rempli de significations. On fait des choses, on a le sentiment de participer. C’est véritablement un privilège de représenter les Québécois qui peuvent être durs en politique, mais aussi généreux en même temps.»

La politique, a-t-il ajouté, lui a permis d’apprécier les gens avec qui il a travaillé en plus d’avoir beaucoup aimé le Québec. «Mon plus grand souhait, c’est qu’on puisse refiler ça à nos enfants. C’est notre responsabilité, il revient à chacun de faire en sorte que la prochaine génération puisse avoir la même chance que nous sinon un peu plus et que nous puissions célébrer les Anne-Sara Cayer de ce monde qui nous rendent très fiers de la voir championne dans son domaine, et championne dans nos cœurs, car tu es devenue une grande ambassadrice de la région», lui a-t-il dit en conclusion.


La chance au coureur

Interrogé sur le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec, Jean Charest estime qu’il faut donner la chance au coureur. «On doit lui laisser la chance de gouverner. Au plan économique, il semble avoir une très bonne équipe. Par contre, je suis sceptique concernant l’immigration puisque nous avons besoin d’immigrants. Mais il a notamment fait campagne sur cet enjeu. Il fait ce qu’il dit», a fait valoir le conférencier ajoutant ne pas avoir été surpris par l’élection de la CAQ. «En politique, l’alternance est une vertu. Après 15 ans de gouvernement libéral, il n’est pas étonnant de voir les Québécois opter pour  un changement. Et pour les libéraux dans l’opposition, il s’agit d’une occasion de se reconstruire. C’est le cycle de la politique», a-t-il souligné.